L’opendata et les TCL

Même si ce titre peut faire sourire, les TCL traînant une réputation « de fermeture d’esprit » (à tort ou à raison), il s’avère qu’ils n’ont pas totalement ignoré le sujet des données ouvertes.

Opendata et transports? Quel intérêt ? Pouvoir accèder aux informations d’horaires, de localisation des arrêts, de position des bus, permettrait de pouvoir exploiter ces applications dans des applications, par exemple en croisant ces données avec celles du trafic routier, de la pollution, du sens du vent, de la teneur en pollen, etc. Des collectifs comme Opendata69 et EntraideUsagers Lyon s’y intéressent d’ailleurs fortement.

Lors d’une réunion d’information organisée sur les travaux liés aux tramways T3-T4, il m’a été confirmé que des travaux de préparation technique sont en cours, qui n’engagent cependant pas le SYTRAL, le syndicat mixte qui gère les transports en commun de l’agglomération.

En effet, la mise en place de l’opendata aux TCL a plusieurs implications :

  • politiques : en effet, c’est le concessionnaire (le SYTRAL, et par extension les collectivités qui y sont impliquées) qui est décisionnaire dans ce domaine, et aucune position officielle n’a d’ailleurs été prise
  • techniques : fournir une information en temps réel via une API nécessite une infrastructure complexe
  • financières (également pour les raisons techniques évoquées ci-dessus).

Mais la porte n’est pas fermée, espérons que cela débouchera sur une libération des données de transport dans les mois/années à venir (Keolis, l’exploitant lyonnais, diffusant d’ailleurs ses informations à Rennes, où il gère le réseau STAR).

A signaler que ce travail de réflexion se fait en collaboration avec le Grand Lyon (avec qui le collectif Opendata69, dont je fais partie, travaille également sur le sujet de l’Opendata).

L’initiative #opendata69 (et petits rappels sur le principe des données ouvertes)

Les données ouvertes sont presque devenues le buzz word de la décennie, le passage obligé pour n’importe quelle administration, politique ou startup.

Mais avant d’être un mot à la mode, qu’est ce qu’on appelle l’Opendata ? Si on se réfère à la définition donnée par Wikipedia, « Une donnée ouverte (en anglais open data) est une information publique brute, qui a vocation à être librement accessible. La philosophie pratique de l’open data préconise une libre disponibilité pour tous et chacun, sans restriction de copyright, brevets ou d’autres mécanismes de contrôle. »

Cette définition n’est pas parfaite mais elle a le mérite d’expliquer le principe de base : il s’agit d’une donnée (publique,  ou privée, dans le cas d’entreprises agissant pour le compte des collectivités) pouvant être réutilisée à sa guise par un tiers, cela de manière désintéressée (par les citoyens eux-même ou via une association, etc) ou à des fins commerciales (intégration dans une application payante, par exemple).

Le principe d’ouverture de l’Opendata n’est pas « l’ouverture pour l’ouverture », mais correspond à plusieurs objectifs :

  • Transparence des actions menées par les entités publiques (budget, etc)
  • Possibilité d’appropriation par le simple citoyen des données publiques, et donc travailler à rétablir ce lien entre lui et l’administration, à la reprise en main par le « peuple » de la politique quotidienne de l’Etat
  • Egalité d’accès à l’information, que l’on soit pauvre ou riche, avec des contacts bien placés ou isolé
  • Confrontation de l’information à la réalité du terrain, et donc enrichissement en retour de cette information, par ses utilisateurs
L’Opendata a énormément d’applications pratiques. En voici quelques unes (existantes, ou potentielles) :
  • Montréal : l’arrondissement « Le Plateau Mont-Royal » a pris le parti d’interroger ses habitants sur les priorités budgétaires à donner, en leur permettant d’effectuer visuellement une simulation de leurs choix politiques
  • Rennes : l’ouverture des données publiques et de transport par Rennes Métropole et Keolis Rennes a permis la réalisation d’une application à destination des handicapés moteurs, leur permettant de calculer leurs trajets en fonction de l’accessibilité des lieux
  • Handicapés visuels : si la liste des feux rouges « avec vibreur » était publique, ils pourraient également optimiser leurs trajets en fonction de ce critère
  • Transports en Commun Lyonnais (TCL) : les plans et horaires n’étant pas disponibles de manière ouverte, il n’est pas possible de monter une application les utilisant (ou même un site de remplacement ajoutant des fonctionnalités à l’existant, comme la mémorisation des arrêts favoris). On peut également citer le problème rencontré par « Check My RATP », atttaqué en justice par la RATP pour « piratage » des tracés des lignes, donnée pourtant publique.
  • Revenu moyen par ville/quartier : cette information permettrait aux associations d’optimiser leurs campagnes de dons
  • etc

Cependant, on constate au quotidien plusieurs freins à sa mise en place :

  • budget : en effet, collecter ces données, les ordonner et les mettre à disposition a un coût (très variable), d’où des réticences des administrations concernées
  • technique : les systèmes informatiques étant très hétérogènes, ou très anciens, formater ces données pour les rendre intelligibles est compliqué et nécessite un gros travail d’interfaçage (cela peut aller de simples fichiers texte dans le meilleur des cas jusqu’à des documents papier non numérisés dans la pire des situations)
  • protectionnisme et hiérarchie : ce vieux principe de « chasse gardée », qui consiste à penser qu’on garde le pouvoir sur les citoyens en « gardant pour soi l’information et en la distribuant comme bon nous semble »
  • anonymisation : certaines données personnelles doivent être purgées avant la mise en ligne, et le problème consiste à déterminer ce qui est « identifiant » et ce qui ne l’est pas
Quelques initiatives existent déja en France. Citons, entre autres :
On peut également citer le projet OpenStreetMap, alternative participative à Google Maps
C’est à ce niveau-là qu’intervient l’initiative #opendata69 : un groupe informel, avec un panel de profils très variés, mais tous animés par la volonté de promouvoir les données ouvertes dans le Rhône.
La réunion du 2 novembre 2011 à l’Atelier des médias, initiée par Pascale Lagahe, a permis de rassembler une assemblée d’une trentaine de personnes composée entre autres de :
  • développeurs
  • responsables politiques
  • collectivités (Grand Lyon, etc)
  • universitaires
  • libristes et activistes citoyens
  • entrepreneurs
Après un rappel des notions évoquées plus haut (définition et utilisations possibles), nous avons évoqué ensemble quels peuvent être les objectifs d’un tel groupe :
  • vulgarisation : comme nous l’avons constaté plusieurs fois, l’Opendata est un terme qui peut faire « peur ». L’anglicisme et la notion très « technique » peuvent rebuter le non-initié : un des buts à atteindre est donc de démocratiser ce principe, afin que le grand public fasse sienne cette cause.
  • recensement : à quelques exceptions près, les données ouvertes sont peu visibles, car noyées dans la multitude de sites publics. Un axe de travail peut donc être de les lister sous une forme lisible sur un site dédié.
  • sensibilisation : les acteurs publics ou privés peuvent facilement se sentir perdus devant cette nouveauté qu’est l’Opendata. Nous pouvons donc travailler à les accompagner en les informant sur les initiatives existantes, sur les écueils qu’ils peuvent rencontrer.
  • applications pratiques : vu les ressources techniques à notre disposition, il est assez simple de réaliser quelques exemples « du quotidien » pour montrer comment on peut utiliser les « données ouvertes »
Nous avons mis en place quelques outils afin de pouvoir commencer à travailler ensemble sur ce projet :
L’initiative Opendata69 n’a bien sur pas prétention d’être le « référent données ouvertes » du Rhône : des initiatives locales existent déja à ce niveau-là. Mais les formaliser et leur permettre de se fédérer efficacement est clairement un objectif que nous allons nous employer à atteindre.